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 +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres

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Killer 777
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MessageSujet: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Dim 16 Mar 2008, 14:47

L'Empereur Novik Naomer-Oolon se leva de son trône. Comme tous les matins à huit heures, Les carabiniers de la salle du trône devaient lui tirer dessus, pour faire montre de son immortalité éternelle.

Comme toujours, ils tirèrent ; comme les quelque six cent mille de fois précédentes, l'Emprereur sentit les huit projectiles traverser son cœur, sa tête, des jambes... Comme à chaque fois, son corps se referma instantanément, oubliant qu'il avait été transpercé quelques secondes avant. Le sang disparut.

Ensuite, les huit officiers vinrent à sa rencontre pour échanger une embrassade avec lui. Symbole de la confiance et du respect mutuel existant entre l'Empereur et ses sujets.

Novik s'ennuyait. Il était loin, le temps où il avait bataillé pour dérober la formule d'immortalité aux Ordinateurs trente-cinq siècles plus tôt. Et sa conquête de la planète dans les temps qui ont suivi, et ses efforts pour faire que le monde soit aussi juste qu'il l'espérait. Quelles aventures ! Mais depuis des millénaires, il avait fait atteindre à la société un équilibre qui ne sollicitait son intervention que les cinquante ou cent ans... Et il s'ennuyait.

Ce dont il ne se rendait pas compte, c'est que son esprit tortueux était déformé par le temps et la vieillesse. Les gens étaient malheureux et faibles, son armée trop puissante et le temps s'écoulait bien plus vite qu'il ne le pensait.

L'humanité s'était tellement courbée sous son joug qu'elle avait évolué en conséquence et mesurait en moyenne un mètre soixante. Lui faisait un mètre quatre-vingt-quatre, une rareté hors du commun de nos jours. Quand une plante pousse dans un petit pot, elle grandit moins...

Mais un libérateur allait bientôt apparaître... Il mesurait un mètre soixante-dix-neuf, et venait lui aussi d'un autre temps...



†††††††


Killer vit la sphère bleue un instant encore, puis plus rien. C'était trop tard, la machine était partie sans lui, et il ne pouvait qu'attendre que l'on vienne le chercher. Ou visiter cette époque, tant qu'à faire...

Il épousseta ses vêtements, remarqua que sa veste était déchirée à la manche - mais décida que cela ne se voyait pas trop -, se roula une cigarette et réfléchit avant de l'allumer.


*Il n'y a sûrement plus de clopes dans cette époque. Peut-être que...*

*Oh, et puis, quand j'en aurai plus, j'arrêterai.*


Il sortit son Zippo et alluma.

- Bon, alors c'est par où ?

L'endroit était discret. On était dans un plaine avec des arbres qu'il ne reconnaissait pas. Le sol était jonché de cailloux et de bouts de métal polis par le temps. Il en ramassa un ; c'était de l'acier et il le mit dans sa poche.

Il monta le petit coteau qui menait en haut de la colline. De là, il vit qu'il y avait une ville à l'horizon. Probablement vers l'ouest, mais Killer n'était pas sûr car il était près de midi au soleil. Cela lui fit penser à quelque chose. Il sortit son téléphone portable de sa poche. Il donnait toujours l'heure - mais pas la bonne - mais il n'y avait pas de réseau. Il l'éteignit, pour ne pas se faire repérer par un éventuel radar.

Le meilleur moyen restait de marcher vers cette ville. En espérant qu'il était habillé à peu près comme les gens de cette époque dont il ignorait tout même la date, et qu'ils parlaient le français... ou l'anglais, au pire...


Dernière édition par Killer 777 le Jeu 04 Juin 2009, 20:54, édité 1 fois
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Killer 777
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MessageSujet: Re: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Sam 22 Mar 2008, 21:37

Mais non, car il avait des pilules de traduction dans sa poche, pilules qu'il avait machinalement mises dans sa poche pour se rouler une cigarette. Il sortit donc les pilules - il y en avait vingt-et-une, trois fois sept - et en avala une. Il ne ressentit rien.

- Cool.

Il se remit à marcher en direction de la ville, descendant la colline sans une once de découragement. Se perdre quelque part au beau milieu de la ligne temporelle était un grand malheur, mais par chance Killer était un amateur de science-fiction et de physique quantique et avait déjà réfléchi à ce genre de problèmes, bien qu'il n'ait jusque-là jamais cru - et à tort, la preuve - que cela puisse lui servir à grand-chose un jour.

Soit Le Lecteur et Kozh avaient repéré l'époque à laquelle il s'était perdu, et ils reviendraient vite, soit ils ne reviendraient jamais le chercher et il devait se débrouiller. Il fallait considérer le pire. Et dans ce dernier cas, le meilleur moyen était de chercher à savoir si l'humanité de ce nouvel aujourd'hui maîtrisait le voyage temporel, de façon à retourner dans son époque, ou mieux : essayer de rejoindre son ami à la Fin des Temps...

Mais le pire des cas était qu'il n'y aurait pas de machine temporelle à sa disposition. Que faire alors ?

Killer était partisan de l'envoi d'un message dans le futur. Gravez un message codé sur une montagne et avec de la chance, les gens le liront encore dans cent mille ans. Ceux qui le comprendront sauront quoi faire. Mais il y avait des méthodes plus subtiles et plus efficaces.

Les traces du passé étaient erratiques. Les historiens parvenaient à établir des faits du passé lointain à partir d'un sachet très mince de pièces à conviction. Mais depuis que l'Histoire et les historiens existaient, l'on avait essayé de maintenir la continuité des données. De nos jours, à moins qu'une guerre dévastatrice ait détruit toute trace du passé, on devait pouvoir savoir ce qui était arrivé entre 2008 et maintenant... Car la progression de la société aidait à la cohésion dans le temps d'un savoir historique. Mais ce n'est pas une recherche dans le passé que Killer 777 voulait effectuer.

Son idée était de devenir un personnage de l'Histoire de l'humanité à part entière, pour que l'on se souvienne encore de lui à la Fin des Temps. Et ainsi, l'on pourrait venir le chercher.


*Tu débloques, mec. Tu deviens complètement marteau.*

Il y avait pourtant un moyen très simple de gravir les échelons de la société actuelle, bien qu'il n'ait encore rien vu de cette dernière, et la solution à laquelle il pensait était à la fois brûlante de simplicité et satisfaisante à souhait : dire la vérité. S'il apportait au monde les preuves qu'il était en provenance d'une époque du Passé et qu'il utilisait cela dans la direction du pouvoir...

C'était impossible... Mais de son temps, Killer 777 avait réussi des choses petites mais fort difficiles, avec une efficacité fulgurante, et ce dans un univers sans espoir. Dans cette nouvelle époque, des espoirs, il en avait. Plein. Et cela lui faciliterait encore la tâche...

La ville ne voulait se rapprocher que si l'on ne la regardait pas en marchant vers elle. Pour patienter en attendant d'arriver là-bas, Killer fouilla ses poches. Il fallait qu'il fasse l'inventaire de toute façon, pour savoir à quoi s'attendre et à quoi les obstacles éventuels ne s'attendraient pas.


*Un crayon... Un mètre... Des embouts de visseuse, trois euros cinquante-deux, deux médiators, mes clés, mon Zippo... mon portefeuille... Avec mes cartes, de la technologie disparue aujourd'hui. Un bout de papier vierge. Précieux, ça... Mon téléphone, des mouchoirs en papier, un couteau. Super.*
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MessageSujet: Re: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Jeu 27 Mar 2008, 23:35

La marche fut longue. Malgré le fait que la ville était déjà en vue à son point de départ, Killer estima sa distance à vingt-cinq kilomètres quand il arriva à ses portes.

Le paysage avait été rassurant : il reconnaissait les espèces d'arbres, la terre était d'une couleur sombre rappelant la Beauce ou le Perche d'autrefois, et la nature était fort foisonnante. Les herbes hautes et épaisses envahissaient la plaine au point qu'il lui était nécessaire de contourner certains massifs pour ne pas avoir à faire trop d'efforts pour les traverser. Le ciel était toujours bleu, les nuages couraient toujours au-dessus de la terre comme autant de moutons empressés, et les pierres faisaient toujours un bruit mat en tombant sur le sol.

En chemin, il n'avait rencontré personne, à part une espèce d'antilope avec des cornes courbées vers l'avant. Il lui avait adressé la parole, se sentant un peu con - sauf qu'on ne savait jamais, peut-être était-ce l'espèce dominante de cette planète - mais elle n'eut pour repartie que l'acte de lui montrer ses fesses et s'en aller.



Les portes cochères de l'entrée de la ville étaient immenses ; elles faisaient à vue de nez plus de vingt mètres de haut. Pour l'entrée de quel genre de véhicule monstrueux étaient-elles prévues ? Killer l'ignorait ; mais c'était avec l'admiration du menuisier qu'il était qu'il en contempla les pentures dorées et les traverses basses sculptées de volutes. C'était un bonheur de voir que son savoir - certes menu car il n'était encore qu'un apprenti en quittant l'an 2008 - avait encore une utilité dans le futur lointain de son engeance.

Un homme ouvrit la petite porte de côté, l'interrompant dans ses pensées. Il était très petit, environ un mètre soixante, et était habillé d'un vêtement blanc ressemblant à une tunique, et portait une sorte de collier argenté assez tape-à-l'œil. L'homme sembla légèrement surpris de l'apparence de ce voyageur temporel malgré lui qui venait à l'entrée de sa ville.


- Nom, déclinaison ? lui demanda l'autochtone sans trop se formaliser de la tenue vestimentaire de Killer.

- Je m'appelle Killer, et je suis menuisier, répondit-il, tout en s'étonnant à part lui de sa promptitude à répondre à la question, comme s'il avait su immédiatement ce que "déclinaison" signifiait. Les pilules de traduction n'étaient pas de simples dictionnaires. Elles opéraient à un niveau plus profond de la pensée de l'utilisateur.

- Effeli, gardien de la porte de Jklain. Bienvenue dans notre ville, grand homme Killer.

Effeli rentra sans refermer la porte. Qu'était-ce que ce gardien seul et sans arme ? Disposait-il de pouvoirs psioniques ou de quelque chose dans ce genre-là pour protéger la ville ? Ou le statut de gardien n'était-il que le vestige d'un poste autrefois utile ? Killer ne posa pas de questions. Il était déjà bien trop effaré de faire la conversation à un habitant de la Terre du futur, et il n'avait pas encore assez confiance. Il retourna dans sa contemplation de la porte mais au bout de quelques instants, il remarqua qu'Effeli, gardien de la porte de Jklain, avait passé la tête dehors pour le regarder bizarrement. Peut-être s'attendait-il à le voir entrer ? Pour l'instant, mieux valait se faire le plus discret possible. Il passa la petite porte, souriant. L'autre referma derrière lui.

Et c'est à ce moment-là que Killer 777 réalisa qu'il lui serait impossible de passer inaperçu dans cet endroit.
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MessageSujet: Re: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Lun 31 Mar 2008, 16:40

Derrière cette partie du mur d'enceinte de Jklain, une petite place du marché fourmillait. Mais la plupart des gens avaient laissé tout ce qu'ils faisaient quelques secondes à peine après que Killer eût passé la porte. Il se retourna pour être bien sûr qu'il était la cible de ces regards. Le gardien de la porte le toisait, l'air aussi hypnotisé que les autres.

- Ben quoi ? dit-il comme s'il n'avait rien remarqué. Il ne s'attendait pas à faire vingt centimètres de plus que le plus grand de tous ces gens, mais encore moins à ce qu'ils ne ressentent aucune gêne à le regarder ainsi.
En fait, dans toute la ville, il n'y avait que deux personnes qui aient déjà vu un grand - on disait cela des gens mesurant plus d'un mètre soixante-dix. C'était une chose très rare, et on disait des grands que leur présence était un présage. Oui, les gens croyaient à la magie en cette époque troublée. L'Empereur et ses proches étaient les seuls à connaître le réel niveau technologique de l'homme, et la plupart des gens vivait à un niveau hybride entre le Moyen-Âge et le vingt-deuxième siècle.

Killer, malgré cette situation déconcertante, observait autour de lui. Il réalisa que la ville, qui semblait grande de loin, n'était peut-être pas si peuplée que cela. En effet, les bâtiments n'étaient pas très hauts, et l'on n'y voyait pas beaucoup de portes, ce qui laissait à penser que les hommes de cette époque habitaient des logements plutôt spacieux pour leur taille, en proportion quatre à cinq fois plus grands qu'à son époque.

Après une petite minute, la vie reprit son cours. Les gens le dévisageaient toujours comme une bête curieuse à son approche mais semblaient quand même être passés à autre chose. Il lui fallut du cran pour demander à quelqu'un où trouver un endroit où s'installer pour la nuit, car il se faisait tard - et surtout, il avait besoin de s'isoler pour réfléchir encore, maintenant qu'il savait un peu mieux à quoi s'en tenir. On lui indiqua bien civilement un lieu de repos, qui lui fit penser à un foyer pour les sans-abri. Il y avait de la place, mais tout le monde était rassemblé dans une même grande salle. C'était mieux qu'il n'aurait pu le craindre.

Le lieu de repos - c'est ainsi que se traduit la dénomination exacte - était visité par ce que Killer croyait reconnaître comme des gens du voyage, par des vagabonds et par des citoyens "normaux". Il fondait ces suppositions sur leur tenue vestimentaire, qu'il comparait à celle des gens qu'il avait croisés dans la ville. Lui, avec son manteau de laine, son jean et ses dockers, il ressemblait plutôt à un grand vagabond qui venait de loin. Et en parlant de grand...

Un homme vint à sa rencontre, l'air petit certes, mais plutôt costaud, en tout cas suffisamment pour l'impressionner. Son visage avait l'air fermé, mais quand il se mit à parler, Killer sentit au ton de sa voix qu'il était investi d'une mission importante.


- Je suis Ajjbva, gérant du lieu de repos de Jklain.
- Je suis Killer, menuisier itinérant, répondit Killer. Je salue ton hospitalité.

Un silence légèrement pesant s'installa, durant lequel Killer se fit toiser par Ajjbva. Mais ce dernier ne semblait pas l'examiner. Il attendait quelque chose, plutôt. Killer comprit : passer une nuit dans cet endroit coûtait de l'argent.

- Je suis navré, Ajjbva le gérant, mais je n'ai rien à te donner. Je ne peux que te promettre de te rembourser plus tard.
- Alors tu pourras rester ici plus tard. Pas de crédit chez moi, Killer le menuisier. Reviens quand tu auras de l'argent pour moi.

Ajjbva se tourna et s'en fut. Killer resta une seconde désemparé, quand un autre homme vint à son secours, attrapa le gérant par l'épaule et lui remit trois petits carrés d'inox poli en lui glissant quelques mots à l'oreille. L'homme était dans des vêtements sales, mais il semblait qu'il avait travaillé avec plutôt que d'errer sur les routes. Il avait une barbe de trois jours, des yeux d'un bleu perçant et bien sûr, il était tout petit. Ajjbva acquiesça aux dires de ce sauveur, et s'en fut.
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MessageSujet: Re: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Dim 04 Mai 2008, 10:25

Killer fut à la fois déçu et peu surpris de voir que l'argent existait toujours dans le futur. Pour lui, cela signifiait qu'il n'était pas si loin que ça de son époque d'origine, mais surtout qu'il avait désormais une idée plus claire de la façon dont il pourrait survivre dans celle-ci. Mais il laissa ces maigres pensées à son subconscient pour s'adresser à celui qui avait payé pour lui et le saluait.

- Bonjour, Killer, je m'appelle Fralse.
- Bonjour, Fralse. Merci de m'avoir aidé, lui répondit Killer, qui aurait presque préféré sortir de cet endroit et qu'on ne se mêle pas de ses affaires ; mais il se garda bien de le signifier, et gardait un sourire avenant.
- À vrai dire, j'ai fait cela dans un but précis. J'ai entendu que tu étais menuisier, ce qui est rare de nos jours. Si tu venais chez moi pour y réparer ma porte, cela me rendrait service.

Killer se rendit compte que même dans cette époque, le travail commençait toujours plus tôt qu'on le voulait. Soit ; si son métier était rare, il pouvait peut-être remettre à plus tard... Mais il se sentait obligé, un service en appelant un autre. Il suivit donc Fralse chez lui.

Il se rendit compte que la technologie de la menuiserie n'avait guère évolué depuis le temps. Était-il vraiment loin de son époque ? Ou y avait-il eu des réinitialisations successives du savoir humain ? L'idée était un peu terrifiante, et il se promit d'y réfléchir plus tard. En attendant, la porte de Fralse était lourde et solide, mais avait un peu de gauche et ne fermait pas correctement. Il suffisait à Killer d'un marteau pour en tordre les pentures ; cela la remettrait d'aplomb. Mais il n'en avait pas.


- As-tu un marteau, Fralse ? On m'a volé mes outils.

Il avait menti, mais ne s'en voulait pas car il savait que ce mensonge n'était que le premier d'une longue série. Cela n'avait pas d'importance tant qu'il restait aussi inaperçu que possible et qu'il s'adaptait à la société.

Dans la tête de Fralse, c'était très différent. Avoir un Grand chez lui était un présage des Dieux, et qu'il accepte son hospitalité de façon aussi directe démontrait la confiance qu'on pouvait avoir en ce voyageur. Il lui tendit son marteau quelques fouaillements plus tard, en le remerciant.

Le folklore bâti sur les Grands était très développé. La plupart des héros des légendes de l'époque étaient des Grands ; Novik lui-même, le Souverain de la Terre, était un Grand. Les mauvaises langues disaient que la plupart des Grands étaient des bâtards de Novik, ou les bâtards de ses bâtards, mais c'était rarement vrai ; et des mauvaises langues, il n'en restait pas beaucoup. Et les habitants de Jklain étaient pleins de bonne volonté. Fralse était fier d'accueillir Killer chez lui, et demain il serait encore plus fier quand il marcherait dans la rue, et que les autres habitants le jalouseraient. Car il y avait un effet inverse par rapport à toutes ces légendes : si autant de Grands étaient les héros des légendes, alors aujourd'hui encore ils pouvaient réaliser de grandes choses. Fralse comptait bien être celui sans qui les grandes choses que Killer allait accomplir auraient été impossibles.

Killer décrocha le battant de ses gonds et commença à frapper au marteau. Quatre coups suffirent sur le gond du haut, et deux sur celui du milieu. Il remit la porte à l'aide de son hôte car elle était fort lourde.


- Et voilà le travail ! Ta porte ferme parfaitement bien maintenant.

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MessageSujet: Re: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Lun 18 Mai 2009, 22:02

- Grand merci à toi, le grand.

- Le grand ? J'ai remarqué que la plupart des gens d'ici sont plus petits que moi, mais...

- La plupart ? coupa Fralse. Tu plaisantes ! Tous les gens qui vivent ici, sans exception, sont plus petits que toi de vingt bons centimètres au moins. Tu as vu comme on te regarde dans la rue ? Tu es un véritable phénomène dans une si petite ville, et bien des gens seront jaloux demain lorsqu'ils sauront que c'est mon hospitalité que tu as acceptée... Ou échangée. Mais il y a autre chose qui ajoute à ton étrangeté.

Killer regarda ses pieds. Ainsi il avait suffi d'à peine une heure pour qu'on remarque qu'il y avait plus que simplement sa taille pour que son aspect soit exceptionnel. Ses vêtements ? Son allure ?

- Oui, dit Fralse avec un sourire en coin. Je t'ai vu lorgner sur mon habitation, tous ces objets que tu vois un peu partout et dont on dirait que tu ne les as jamais vus, alors qu'ils font partie du quotidien de la plupart des gens. Une seule chose est sûre pour moi au moment où je te parle : dans ce monde, les grands sont destinés à faire de grandes choses. Alors quel est ton destin, Killer ?

Killer ne répondit pas à cette question. Il faisait mine de vérifier le fonctionnement de la porte de son hôte, l'ouvrant et la refermant plusieurs fois, tout en réfléchissant intensément à ce qu'il devait dire ou faire. Il était évident qu'il ne pourrait pas savoir beaucoup de choses sur son nouvel environnement sans en divulguer un peu à son sujet. Bien que cela fît partie de son plan de dire toute la vérité à son sujet pour rapidement gagner de l'influence - et ainsi avoir un accès à une machine temporelle ou quelque magie qui lui permettrait de quitter cette époque -, il n'était pas certain que Fralse soit la personne la plus indiquée pour l'aider à parvenir à ses fins. Il lui semblait cependant que comme le petit homme était impressionné par sa taille, il aurait envi de l'aider sans poser trop de questions.

- Dis-moi comment est la vie ici, Fralse.

Une longue discussion commença entre les deux hommes. Killer apprit alors gratuitement de nombreuses choses sur le monde dont il faisait désormais partie, et y reconnaissait parfois des choses ayant appartenu au précédent. Mais pour l'essentiel, à savoir son destin, il comprit que cela serait difficile. Il avait au début pensé parler aux autorités pour leur expliquer sa situation, mais il s'avérait que le monde était devenu un mono-empire dictatorial sous la coupe d'un immortel fou, et ce depuis plus de trois mille quatre cents ans, d'après Fralse. Les policiers - le mot fit rire notre voyageur temporel - n'étaient pas là pour maintenir l'ordre mais pour laisser cours à leur envie de domination, quand l'un de leurs supérieurs n'était pas en visite pour leur marcher dessus à son tour. L'escalade hiérarchique de la violence allait du citoyen le plus moyen à la suprême autorité qu'incarnait le tyran Novik Naomer-Oolon.

Mais en ces contrées reculées, la police était rare car les gens se tenaient plus tranquilles. On était dans la Grande Zone Rurale, que Fralse montra sur la carte, et qui s'avérait être l'équivalent de l'Europe Occidentale de son temps. La carte était plutôt étrange, car certains endroits qui avaient autrefois existé semblaient recouverts par la mer. Ainsi, il manquait un bon tiers de l'est des États Pourris d'Amérique, une petite partie du sud de l'Afrique, et tout le continent australien. D'autres endroits plus petits mais tout à fait notables comme les Îles Britanniques et l'Antarctique manquaient aussi. Avaient-ils réellement disparu à la suite de guerres ou de catastrophes, ou les cartographes avaient-ils simplement perdu de leurs connaissances ?

Toutes ces surprises effrayaient Killer. En quelle année était-on ? Au moins trois mille cinq cents ans après l'an 2008. Le vertige l'avait pris, puis il s'était concentré pour trouver quoi faire. Et la réponse lui vint quasi-instantanément. Il fallait que l'Histoire subisse sa marque, pour qu'un voyageur temporel en provenance du futur vienne le chercher dans cette époque et le sauve. C'était le plan initial - bien que Killer craignît de prendre goût à l'Âge des Ténèbres. Pour cela, il lui fallait accomplir quelque chose qui dépasserait la terrible entropie instaurée par Novik. Il supposait que les historiens devaient être fort peu sincères dans ce monde, s'ils existaient encore. Ils avaient plus probablement pour tâche d'essuyer les fiascos que Novik devait essuyer de temps à autre lorsqu'une rébellion prenait trop d'ampleur.

Il n'y avait, en fait, qu'une seule solution pour se faire remarquer sur la ligne temporelle.

La quête de Killer 777 serait longue et ardue, mais il ferait tout ce qu'il pourrait pour parvenir à son terme.

Son but : mettre fin à la tyrannie de Novik.

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MessageSujet: Re: +7497 : La Fin de l'Âge des Ténèbres   Jeu 04 Juin 2009, 22:53

Novik descendit de son trône et s'approcha d'une fenêtre de son immense château. Lorsqu'il fut devant elle, le magnifique jardin qu'on voyait au travers s'estompa, laissant place à la vue du sommet de la plus haute tour. Une vue imprenable sur l'imprenable citadelle.

La pensée le fit sourire très légèrement. Lui qui avait probablement exploré toutes les voies du langage, il lui arrivait encore de se prendre au jeu. Cela était heureux, se disait-il ; sinon, il aurait déjà pris une potion de destruction pour mettre fin à son règne infini. Il s'agissait d'une formule chimique très complexe qu'il était le seul à connaître. Il l'avait prise dans les derniers Ordinateurs avant de tous les détruire, puis l'avait mémorisée. Il s'était dit à l'époque qu'ainsi il aurait toujours une voie de sortie dans l'éventualité où sa vie le lasserait. Oui, il était jeune, et craignait l'immortalité. Aujourd'hui, il était le maître de l'Univers et c'était bien différent. Pourquoi mettre fin au paradis absolu ?

Il fit un pas dans la fenêtre et se retrouva sur le balcon, au sommet de la tour. Le vent était assez frais, mais le soleil donnait de la chaleur. Novik grimpa sur la balustrade et fit un bond en avant. Le saut l'emmena très loin, au-delà des limites de la ville. Une marche lui ferait du bien.

Il alla jusqu'à la côte ; la mer d'un bleu profond lui donnait l'impression d'être face à un égal. grâce à ses yeux améliorés, il avait pu voir pendant qu'il était en l'air la grande île qui était de l'autre côté, au nord ; il avait lu dans un livre qu'on l'appelait Indonésie, avant l'ère des robots. La Terre est grande, mais l'Empereur voit loin. Il avait fait retirer son territoire personnel, l'ancienne Australie, de toutes les cartes du reste du monde. Cela avait pris des générations pour que la population finisse vraiment par oublier - et qu'on ne croie plus ceux qui s'en souvenaient - que le continent existait. Il y avait deux sortes d'Australiens : ceux qui travaillaient directement pour Novik et pour le gouvernement, relayant les informations en province, et des travailleurs sédentaires qui croyaient vivre en Amérique du Sud.

Il se retourna. Le drone qui le suivait sans arrêt se retourna aussi. La machine le suivait depuis près de mille cinq cents ans, si longtemps qu'il ne remarquait même plus sa présence menaçante, alors que cela gênait toutes les personnes qui avaient l'honneur insigne de le rencontrer ; immortel, il n'avait pas besoin de se défendre, mais la nécessité de tuer se présentait de temps en temps et Novik préférait se servir d'une machine robotisée que d'humains en qui l'on ne pouvait pas vraiment faire confiance. Certes, il s'agissait d'un Ordinateur de l'espèce de ceux qui avaient tyrannisé la planète des siècles durant et que Novik avait évincés ; mais il n'y avait aucun danger pour lui. De plus, c'était parce que les hommes étaient allés trop loin que les Ordinateurs avaient pris le contrôle de la Terre ; Novik était bien bien plus sage que cela. Du moins, c'est ce qu'il croyait.

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